Un peu d’histoire
Le Smith & Wesson Model 5906, emblématique des années 1990, trouve ses racines dans une histoire qui remonte aux années 1950. Après la Seconde Guerre mondiale, Smith & Wesson se lance dans le développement de pistolets semi-automatiques avec le Model 39, initialement conçu pour l’US Army. Rejeté par l’armée régulière, ce modèle séduit toutefois les forces spéciales, qui adoptent une version modifiée à plus grande capacité, le Mk.22 Mod.0 "Hush Puppy". Parallèlement, le Model 39 connaît un succès modeste sur le marché civil et auprès de certaines forces de police, tant aux États-Unis qu’à l’étranger. Pionnier dans son genre, ce pistolet pose les bases des futures productions de la marque : une mécanique double/simple action, une sûreté montée sur la glissière – doublée d’un levier de désarmement – mais une capacité limitée à 8 cartouches, jugée insuffisante par certains utilisateurs.

Cette faiblesse conduit au Model 59, inspiré du Mk.22 militaire, qui passe à un chargeur de 14 cartouches. Introduit en 1971, sa production s’étend jusqu’au début des années 1980, avant d’être supplantée par une nouvelle génération : les Models 659 et 459, leurs variantes compactes 669 et 469, ainsi que le 645 en .45 ACP. Ces évolutions préfigurent déjà le 5906, avec des carcasses proposées en acier ou en aluminium, ce choix du métal de la carcasse deviendra une signature de ces pistolets Smith & Wesson.

En 1989, la série 5900 prend le relais, marquant une transition vers une désignation à quatre chiffres. Parmi elles, le 5903 offre une carcasse en aluminium, le 5904 arbore une finition noir mat, le 5905 combine la finition du 5903 avec une structure tout acier, tandis que le 5906, entièrement en acier inoxydable, devient le fleuron de la gamme. Des déclinaisons sur mesure en 9 mm Parabellum pour des forces de police spécifiques, ainsi que des versions en .45 ACP (4506) et .40 S&W (4006), complètent cette famille.

Durant les années 1990, ces pistolets rencontrent un vif succès auprès des forces de l’ordre américaines, mais aussi au Canada et au Japon, où les garde-côtes japonais en font l’acquisition. Par rapport aux générations précédentes, la série 5900 abandonne la bague de canon inspirée du 1911, adopte une détente retravaillée, un puits de chargeur usiné pour une insertion facilitée et une poignée en plastique enveloppante, contrastant avec l’ancien Model 549.

Au tir
L’expérience de tir avec ce 5906 est une belle surprise. La détente, en mode simple action, se distingue par sa netteté et son reset court, offrant une réactivité appréciable qui facilite les tirs rapides. En double action, le départ est plus lourd – un effort marqué mais constant et se montre plus fluide que celui d’un Beretta 92. Contrairement à beaucoup de pistolets, la sûreté de chargeur n’a aucun impact négatif sur la qualité de la détente.

Le poids conséquent de l’arme, dépassant le kilogramme grâce à sa carcasse tout acier, joue un rôle clé en absorbant efficacement le recul du 9 mm Parabellum : les sensations restent douces, presque feutrées, permettant de revenir rapidement sur la cible.

Cependant, la poignée, recouverte de plastique enveloppant, peut poser des problèmes aux tireurs aux petites mains. C’est également le cas de l’arrêtoir de culasse qui n’est pas très accessible sans modifier la prise en main du pistolet.
Le démontage est très similaire à celui d’un GP35. Il faut retirer l’arrêtoir pour séparer la culasse de la carcasse puis retirer le ressort récupérateur et le canon. Cependant, le retrait de la culasse entraîne la chute du marteau qui peut s’abattre sur la main…
